ATSEM : pour un service public de la petite enfance digne du 21ème siècle

Reconnu comme l’« adulte de référence » au long de la journée pour les enfants comme pour les parents, l’agent spécialisé des écoles maternelles (Atsem) est en proie à des difficultés de plus en plus grandes pour mener à bien ses missions. Manque de personnel qualifié, multiplicité et confusion des missions, dégradation des conditions de travail, c’est l’avenir même de l’école maternelle publique qui est aujourd’hui en jeu.

En 2018, plus de 50 000 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) exercent dans les écoles françaises. Depuis la création de leur statut en 1992, les missions des Atsem ont bien évolué : de « femmes de service », les agents se sont vu confier d’autres missions relevant de plus en plus du domaine éducatif. Si l’Atsem est chargé d’apporter une assistance technique (entretien des locaux) et éducative (hygiène des enfants, toilette, restauration, jeux…) à l’enseignant d’une école maternelle, il est de plus en plus appelé aussi à participer à l’animation des activités périscolaires. Au point qu’il est reconnu comme l’ « adulte de référence » tout au long de la journée pour les enfants, mais aussi pour les parents.

Lors d’une récente réunion organisée à Aix-en-Provence par la Coordination Syndicale Départementale CGT, des agents spécialisées de Gignac, St-Martin-de-Crau, Marignane, Vitrolles, Martigues, Aix et Aubagne ont alerté sur la dégradation de l’accueil des enfants dans les écoles maternelles. Depuis la mise en œuvre du décret Morano en 2010 qui autorise l’accueil en surnombre des enfants de moins de 6 ans (jusqu’à 120%) et qui permet de réduire le nombre de professionnels qualifiés au sein des effectifs, c’est toute la politique de la petite enfance qui a changé de cap de manière inquiétante.

À la qualité du service rendu se substitue désormais une logique comptable : la recherche d’économies au détriment de la sécurité, du développement et du respect du rythme de vie des tout petits.

Afin d’offrir aux enfants des conditions d’accueil qui ne mettent ni à mal leur bien-être ni leur sécurité, le collectif Atsem13 a fait plusieurs propositions de bon sens. Il réclame notamment la présence de deux agents spécialisés par classe sur l’ensemble de la journée et l’augmentation des quotas de surveillance pendant les temps de restauration et de récréation, des quotas trop souvent au plus bas, à la fois pour les personnels qui se sentent comme des « maltraitants » et pour les enfants qui ne bénéficient pas d’un véritable temps de repas leur permettant de souffler et d’acquérir l’autonomie. L’établissement d’un quota national d’un adulte pour 8 enfants en cantine et d’un adulte pour 12 enfants dans la cour de récréation paraît raisonnable au regard des enjeux.

De la même manière, toujours dans un souci de sécurisation de l’environnement du jeune enfant, le collectif réclame la présence de deux adultes minimum tout au long de la journée auprès des enfants, dortoir compris. Des revendications qui, si elles en sont pas toujours entendues du côté des pouvoirs publics, devraient rencontrer l’adhésion des familles. C’est en tous cas ce qu’espère le collectif qui dresse un constat accablant de l’incurie des pouvoirs publics.

Les assises de l’école maternelle en mars 2018 n’ont pas proposé d’avancées significatives en réponse aux besoins des enfants comme aux revendications légitimes de Atsem.

Autre point noir relevé par le collectif : la non-qualification des agents travaillant auprès des jeunes enfants. On estime aujourd’hui à environ 10% des effectifs les agents qui ne sont ni diplômés ni même titulaires de la fonction publique territoriale. Pour le collectif, il est primordial que ces professionnels soient recrutés sur concours et diplôme (CAP « Accompagnant éducatif petite enfance ») et qu’ils bénéficient d’une formation continue. En outre, la multiplicité des missions confiées à ces agents n’est pas facteur d’efficacité, juge le collectif qui réclame à la fois la reconnaissance dans leur statut des missions éducatives, d’encadrement et de gestion, qui leur sont confiées et la suppression des missions d’entretien des locaux, l’activité dans les centres de loisirs et l’assistance au personnel enseignant dans les classes accueillant des enfants handicapés (les Atsem ne sont pas des AVS).

À chacun son métier, à chacun ses compétences, estiment à juste titre les Atsem qui ne cachent pas leur inquiétude face aux difficultés de plus en plus grandes à exercer leurs missions dans ce qui devrait être à la fois un havre de paix, d’équilibre et d’épanouissement pour les enfants : l’école maternelle. Ne doit-elle pas être une priorité répondant aux enjeux de la société de demain ? Plutôt que de parler de «coûts» ne doit-on pas parler d’«investissement» pour l’avenir ? Il appartient aux hommes et femmes politiques de faire les bons choix et aux parents d’élèves de les y pousser pour une école maternelle du 21ème siècle efficace et humaine.

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