Salaires dans la Fonction publique : l’âge de glace

Aussitôt après avoir cédé aux fonctionnaires de police une augmentation de salaire, le gouvernement annonçait un nouveau gel du point d’indice pour les autres catégories de fonctionnaires. Un choix catégoriel qui trahit la fébrilité qui s’est emparée du gouvernement.

Tout juste après que le gouvernement ait annoncé une augmentation des salaires des policiers, entre 120 euros et 150 euros nets supplémentaires par mois, selon leur grade, le secrétaire d’État Olivier Dusspot, chargé de la Fonction publique, socialiste converti comme nombre de ses coreligionnaires au libéralisme, a confirmé le gel du point d’indice pour 2019 pour les fonctionnaires. Ce point d’indice qui sert de base de calcul au salaire des fonctionnaires avait déjà été gelé entre 2010 et 2016 puis de nouveau en 2018. Autant dire que pour les salariés des trois fonctions publiques (d’État, hospitalière et territoriale) c’est l’âge de glace.

Lorsqu’on connaît les rémunérations de ces derniers – parlez-en aux infirmières – il n’est pas étonnant de voir un grand nombre d’entre eux rejoindre les gilets jaunes sur les rond-points et autres points stratégiques pour réclamer une revalorisation des salaires. D’autant que l’argent est là. Mais plutôt que d’aller le chercher là où il se trouve, le gouvernement s’entête à maintenir un cap libéral qui enfonce chaque jour le pays dans une grave crise sociale et économique.

Cette justice sociale que réclament à cor et à cri les gilets jaunes et qui est gravée dans le marbre des revendications des syndicats CGT n’a aucune chance de devenir un jour le socle de notre démocratie tant que le pouvoir sera entre les mains d’une caste qui concentre tous les privilèges. La majorité des Français l’ont compris. De son côté le gouvernement abat toutes ses cartes pour éviter que la fronde des uns ne se transforme en une véritable lame de fond sociale. L’une d’elle consiste à discréditer un mouvement, pourtant soutenu par une majorité de Français, qu’il accuse de tous les maux dans un gloubi-boulga dangereux. Les gilets jaunes seraient ainsi tantôt des brebis égarées incapables de comprendre le sens des réformes qu’on veut leur faire avaler tantôt de dangereux extrémistes menaçant la République. La répression brutale qui s’est abattue sur le mouvement est à la hauteur de la panique qui gagne les étages. Le mouvement des gilets jaunes bat ainsi tous les records en nombre de gardes à vue, de personnes déferrées en justice, de milliers de grenades et balles de défense tirées sur les manifestants et de personnes estropiées.

L’ordre dont ce gouvernement nous rebat les oreilles porte en lui les germes du chaos

En accordant aux policiers une augmentation de leurs salaires et de leurs primes de risque, le gouvernement a cédé aux revendications de leurs syndicats qui ont su profité du mouvement des gilets jaunes pour obtenir gain de cause. Mal payés, mal équipés, travaillant en sous-effectifs dans des conditions parfois indignes, les fonctionnaires de police n’ont pas volé cette revalorisation de salaire. Pourtant, c’est toute la Fonction publique qui est aujourd’hui en souffrance, sacrifiée sur l’autel de la libéralisation des services. Mais ce choix catégoriel trahit la fébrilité qui s’est emparée du gouvernement. Ce dernier n’a pas seulement reconnu le travail des fonctionnaires de police  » soumis à rude épreuve » depuis le début du mouvement des gilets jaunes, il a cédé à un mouvement de panique craignant que les forces de l’ordre viennent ajouter leur colère à la fronde en se reconnaissant dans le regard embué de larmes – à cause des gaz lacrymogènes – des gilets jaunes. C’est ce qu’un député LFI, candidat aux dernières élections présidentielles, a appelé le « salaire de la peur ».

Diviser pour mieux régner, la vieille ficelle fonctionne encore. Mais le gouvernement semble avoir utilisé toutes ses cartouches – même si les stocks sont encore pleins de ces grenades explosives GLI-F4. Il lui faudra inventer autre chose pour stopper un mouvement qui traverse toutes les couches de la société. Hélas, nous pouvons lui faire confiance pour trouver les moyens de sauver sa peau, le système dont il est le fondé de pouvoir ne manque pas de ressources. Sa perfidie est telle qu’il continuera encore et encore à opposer les Français, en brandissant la menace d’une catastrophe économique en cas de poursuite du mouvement des gilets jaunes, en pointant du doigt la violence des uns et en flattant la bonhomie des autres, en mettant dos à dos salariés du secteur privé et salariés du secteur public, gilets jaunes et organisations syndicales. Les hommes de paille du système appelleront demain les Français à se ressaisir en jouant sur le registre de la peur. Ils exigeront le rétablissement de l’ordre, de leur ordre, cet ordre dont les Français ne veulent plus car il porte en lui les germes du chaos. Nous voilà prévenus.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s