Loi Blanquer : À l’école du libéralisme

Sourd aux protestations des enseignants et des parents d’élèves, le gouvernement entend mener à terme sa réforme de l’Éducation nationale. Derrière la promesse fallacieuse d’une « école de la confiance », c’est tout un système qui est mis en place pour calquer l’école sur le modèle libéral au détriment des classes populaires et des territoires les moins riches.

La loi Blanquer, réforme de fond de l’Éducation Nationale, a été adoptée le 19 février par l’Assemblée nationale en procédure accélérée, elle sera examinée au Sénat le 13 mai prochain. Elle n’en finit pas de faire hurler enseignants et parents d’élèves, et a suscité de vifs débats dans l’hémicycle. Le gouvernement sourd, comme d’ordinaire aux protestations, continue sa charge au pas de course sans modifier le fond de cette réforme autoproclamée « école de la confiance », pour l’élévation du niveau général des élèves et pour plus de justice sociale. Pour instaurer un climat de confiance rien de tel que de demander au personnel éducatif, et ce le 1er article du texte, d’être tenu à un devoir d’engagement et d’exemplarité. La crainte est grande de voir derrière ces notions morales, difficilement évaluables, une volonté de museler et mettre au pas le corps enseignant en limitant ses libertés individuelles et pédagogiques. Le gouvernement se dote d’un outil magistral qui lui faisait défaut et n’aura plus besoin d’user de stratagème pour sanctionner les impertinents qui sortiront du rang.

Pour élever le niveau général des élèves, le texte prévoit de rendre la scolarisation des enfants obligatoire dès 3 ans. Or 98% des enfants entrent actuellement déjà à l’école dès 3 ans. En rendant la mesure obligatoire, le gouvernement oblige les communes à assurer les mêmes droits à tous les enfants et ainsi à subventionner aussi les écoles privées pour les charges liées à l’accueil des jeunes enfants. Ce cadeau au privé – marque de fabrique du gouvernement Macron – évalué à 150 millions d’euros sera essentiellement financé par le budget des communes.

Un enseignement d’élite réservé à une élite

Les EPLEI (Établissement Public Local d’Enseignements International) seront créés pour élever le niveau des élèves. Ces établissements d’enseignement d’excellence, préparant aux diplômes européens et décernant un enseignement bilingue dès la maternelle, sélectionneront leurs élèves sur des critères scolaires qu’ils fixeront, mais qui de fait seront réservés à des enfants issus de milieux très favorisés. Sous couvert d’autonomie et d’expérimentation, cette mesure permet l’introduction de financements privés dans le système éducatif français, et leur permet de déroger aux règles pédagogiques françaises. Les EPLEI sont le cheval de Troie du libéralisme dans le système éducatif français, dispensant un enseignement d’élite réservé à une élite. La mixité sociale s’en trouve encore un peu plus dégradée, et les idéaux de justice sociale et d’élévation du niveau général des élèves réservés à quelques privilégiés.

Le texte prévoit aussi la création d’EPLESF (Établissement Public Local Enseignement des Savoirs Fondamentaux). Officiellement ces structures permettront un suivi individuel de l’élève de la maternelle à la troisième. Dans les faits cette mesure permettra le regroupement d’un collège avec une ou plusieurs écoles au sein d’un même établissement. Ce regroupement se fera à l’initiative des collectivités territoriales de rattachement et sans consultation ni avis du conseil d’école ou du Conseil d’administration du collège. En lieu et place du directeur d’école, c’est un proviseur adjoint au principal du collège qui assurera la coordination et le suivi pédagogique des élèves ainsi que l’animation du conseil des maîtres. Les écoles n’existeront plus administrativement parlant.
Les EPLEI et EPLESF, ont en commun d’introduire la notion de local dans l’éducation nationale, qui met un terme à l’idéal d’école commune pour tous. S’en est fini aussi des écoles de secteurs, et de la mixité sociale. Avec les EPLESF, fini les ouvertures de classes dans une école quand les quotas d’élèves sont atteints. Il suffira d’aller dans un autre établissement (pas forcément prés de chez vous, pas forcément une école primaire), le Maire, le Préfet… pourront faire fusionner plusieurs établissements, pour rentabiliser les effectifs.

Moins de personnel qualifié dans les écoles

La sempiternelle recette magique de la souplesse, vieux crédo du libéralisme sera appliquée aussi au recrutement du personnel éducatif. Pour solutionner le manque criant de professeur et de remplaçants, plutôt que de former et d’engager des professeurs en masse, le gouvernement invente la « pré-professionnalisation des Assistants d’Éducation ». Il s’agit là de confier des heures d’enseignements (et donc des élèves) à des étudiants non formés et non certifiés, engagés pour quelques heures sous des contrats privés. Le gouvernement s’arme ainsi d’un outils supplémentaire dans la casse du statut de la fonction publique, annoncé dès le début du quinquennat et concrétisé par la loi Dussopt sur la transformation de la Fonction Publique (lien notre article). Cette mesure n’a d’autre but que de participer à la suppression des 120.000 emplois dans la Fonction Publique et la casse du statut de fonctionnaire que le gouvernement souhaite faire voter avant l’été.

Sur les 25 articles, que comporte ce texte, seuls quelques-uns sont illustrés ici, mais la démonstration est faite que cette loi n’améliorera ni la crise professorale de l’enseignement, ni la justice sociale, ni l’élévation du niveau d’éducation (sauf pour quelques-uns), mais affaiblira au contraire un peu plus l’éducation des classes les plus populaires, et des territoires les moins riches.
Pour autant le combat n’est pas terminé, les initiatives de parents d’élèves se multiplient et débordent d’originalité pour dénoncer cette loi. Les manifestations du 1er mai seront placées sous le signe de la défense du statut de la Fonction publique et du personnel public d’éducation. Les syndicats appellent aussi à une grande mobilisation intersyndicale et unitaire le 9 mai prochain pour dire non au projet de loi de transformation de la Fonction publique.

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