L’imposture du Rassemblement National

En politique, il y a souvent un fossé entre les paroles et les actes et c’est à sa profondeur que l’on mesure la perfidie de celles et ceux qui briguent nos suffrages. À regarder de près la liste des candidats du Rassemblement National (ex.Front National) aux élections européennes de mai prochain et les votes de leur délégation à Bruxelles, on mesure l’étendue de l’escroquerie qui consiste à faire passer ce parti d’extrême-droite pour le défenseur des droits des travailleurs.

Au parlement européen comme à l’assemblée nationale, les votes des élu.e.s frontistes démontrent leur complicité avec le pouvoir. Non, le RN n’est pas le parti anti-système qu’il prétend être. Il en est non seulement le gardien mais également son assurance-vie. Macron lui doit d’avoir été élu à la présidence de la République comme Chirac en 2002 et les sondages qui placent la République en Marche et le Rassemblement National au coude à coude pour les élections européennes du 26 mai prochain prouvent que le système qui ruine la vie des salariés et broie les plus faibles d’entre nous a encore de beaux jours devant lui.

La liste d’abord. Sur les 20 premiers candidats potentiellement élus qui constitueraient la délégation française du Rassemblement National au Parlement européen, on trouve des politiciens cumulards totalement déconnectés de ce que vivent les français au quotidien. Comme cette députée européenne sortante et 6ème sur la liste en mai prochain, Joëlle Melin, élue en 2014 pour la circonscription sud-ouest, médecin généraliste à Aubagne où elle est conseillère municipale d’opposition et qui siège également au Conseil régional. Parmi eux aussi des recyclés de la vieille droite française qui n’ont pas fait la carrière dont ils rêvaient et qui espèrent la relancer sous la bannière du RN, un homme d’affaires proche du bloc identitaire, auteur d’ouvrages sur les stratégies bancaires et patrimoniales, un haut cadre du secteur des assurances, deux anciens députés UMP, un ancien ministre de Nicolas Sarkozy, une responsable de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA) pro-glyphosate et des mis en examen pour des motifs divers comme escroquerie, abus de confiance ou encore fraude au RSA. Bref, que du beau monde. Difficile à croire que ces gens-là puissent incarner un quelconque changement de paradigme.

On trouve plus de casseroles au RN que dans les cuisines d’un palace

Quand la conseillère municipale aubagnaise et députée européenne Joëlle Mélin défilait bras dessus, bras dessous, avec Nick Griffin, l’ancien patron du British National Party qui avait comparé la Shoah à un « canular ».

D’autant que la probité n’est pas le point fort du RN. Depuis fin 2016, les juges enquêtent sur un possible « système » organisé « de manière concertée et délibérée » par le RN et sa présidente pour financer des salaires de ses permanents en détournant les enveloppes de l’Union européenne destinées à l’emploi de collaborateurs parlementaires. Le 5 février, c’est Yann Le Pen, sœur de Marine Le Pen et mère de Marion Maréchal qui participe actuellement à l’organisation des meetings de la campagne du RN aux élections européennes qui était mise en examen pour « recel de détournements de fonds publics ». Les soupçons portent sur les salaires qu’elle a perçus comme assistante parlementaire de l’eurodéputé Bruno Gollnish entre 2012 et 2014 alors qu’au cours de cette période elle était chargée des événements au siège du parti à Nanterre. L’élu frontiste a lui-même été mis en examen pour « détournements de fonds publics » notamment pour l’emploi litigieux de deux autres anciens assistants tout deux également poursuivis pour « recel »… Le Parlement européen a estimé son préjudice à 6,8 millions d’euros pour la période de 2009 à 2017. « Vous êtes anti-Europe mais ça ne vous dérange pas de piquer dans les caisses de l’Europe ! », lui avait envoyé à raison Philippe Poutou sur le plateau du Grand Débat, provoquant une explosion de sympathie autour de lui et sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement National se moque des travailleurs français

Quant à la défense des travailleurs les élus frontistes devront repasser. Alors que la présidente du Rassemblement national continue à clamer sa volonté de défendre les travailleurs français, les votes des élus frontistes, au Parlement français comme à Bruxelles, prouvent la duplicité du discours officiel. Un décalage qu’illustre notamment l’attitude des élus lepénistes au moment du débat sur la loi Travail.

En 2014, les eurodéputés FN s’étaient abstenus lors du vote au sujet de la directive européenne sur les travailleurs détachés qui autorise les entrepreneurs français à engager ses employés non-Français avec les cotisations sociales de leur pays d’origine (donc moins élevées qu’en France). D’autres votes pourraient être cités, tels ce refus d’un amendement sur la création d’un revenu minimum européen ou sur la mise en place d’un socle fondamental de droits sociaux. Dans la pratique, le bilan des votes des eurodéputés FN au parlement européen met en lumière le vrai visage économique et social de l’extrême-droite : le mépris pour les salariés, français et étrangers.

Sur les traités de libre-échange et le TAFTA, que la candidate frontiste décrie dès que l’occasion lui est donnée, lorsque ces projets sont soumis au vote, en mai 2015 et en janvier 2017, Marine Le Pen ne juge même pas nécessaire de se déplacer, ni même son suppléant Aymeric Chauprade. En parallèle, le mouvement social et les organisations non-gouvernementales, eux, se mobilisent.

En 2016, le FN soutient la directive sur le secret des affaires favorable aux multinationales, à leurs stratégies de contournement de l’impôt, à leurs pratiques néfastes en matière sociale ou environnementale, là où syndicats, organisations et société civile s’étaient mobilisés contre l’adoption de cet accord qui restreint encore davantage le droit à l’information et qui prévoit des sanctions judiciaires pour ceux qui s’intéressent de trop près aux activités des entreprises.

Au Parlement européen, les élus frontistes se rangent systématiquement du côté du plus fort contre les intérêts de travailleurs refusant notamment de lutter contre les délocalisations ou contre l’évasion fiscale. Qu’il s’agisse de libre-échange, d’améliorer la sécurité des travailleurs, d’égalité professionnelle, de secret des affaires ou de droits syndicaux, les parlementaires frontistes ratent rarement une occasion de démontrer leur dédain total pour les travailleurs et leurs intérêts.

Lire aussi sur Bastamag : Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs, par Olivier Petitjean.

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