Aubagne à la « Belle Époque » : Les prolos s’invitent à la fête

La fin du 19ème siècle fut une « Belle Époque » seulement pour une infime partie de la population appartenant au petit sérail de la bourgeoisie. Pour l’immense majorité ouvrière, elle fut une période de pain noir et de sacrifices douloureux. Les oubliés de l’Histoire se sont invités à la fête organisée par la Ville le 18 mai pour y ajouter une touche d’authenticité.

Elle n’était pas invitée, ni même désirée mais elle s’est invitée à la fête : la classe ouvrière a fait une apparition remarquée lors de la manifestation « 1895, La Belle Époque » organisée par la Ville d’Aubagne pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Marcel Pagnol. Le thème choisi cette année était « la mode au diapason ». Le contraste était saisissant entre, d’une part, quelques dizaines de figurants revêtus de leurs plus belles toilettes inspirées par la mode bourgeoise de l’époque, et, d’autre part, une petite vingtaine de nos compagnons d’âmes venus ajouter une petite touche d’authenticité à cette fête convenue. Nos « agitateurs » offraient à la criée « L’Ouvrier Aubagnais », le journal de la voix du peuple, qui rappelait dans ses colonnes que cette « Belle Époque » vendue par les promoteurs de la fête fut en réalité une bien triste période pour la majorité de la population, ouvriers et paysans.

À la fin du 19ème siècle, les conditions de travail et de vie sont particulièrement rudes pour la classe ouvrière : les hommes travaillent 12 heures par jour, les femmes 10 heures et les enfants 8 heures, sans jour de congé, pour un travail dangereux et éprouvant. Les logements sont faits de matériaux de récupération, les déchets ne sont pas traités, ce qui a des répercussions sur la santé de la classe laborieuse qui ne dispose d’aucune couverture sociale : un accident de travail conduit la famille à la rue. De plus, les salaires sont misérables et permettent à peine de survivre : les 3/4 du salaire sont ainsi consacrés à la nourriture, pour une famille où même les enfants travaillent, dès leur plus jeune âge. Cette situation est d’autant moins acceptable pour les ouvriers que les bourgeois, leurs patrons, vivent dans le luxe et méprisent souvent ceux qui les font vivre.

C’est dans ce contexte que naît le syndicalisme. En 1895, le 7ème congrès national des chambres syndicales, groupes corporatifs, fédérations de métiers, unions et Bourses du Travail décide de la création d’une organisation unitaire ayant pour titre la Confédération Générale du Travail. La CGT, révolutionnaire, devient le principal syndicat en France et réussit à imposer des réformes qui améliorent la vie du monde ouvrier. La solidarité née de ces conditions de vie déplorables renforce la prise de conscience d’une identité ouvrière.

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