Où va la Culture au Conseil Départemental des Bouches du Rhône ?

M en concert au théâtre antique. Crédit : Festival des Suds.

Derrière la nouvelle façade événementielle affichée par le Département des Bouches-du-Rhône (Capitales provençales de la Culture ; Année de la Gastronomie…) se cache une autre réalité. Les agents de la Direction de la Culture sont inquiets pour leurs métiers et pour leurs missions. Des pans entiers du service public culturel sont progressivement laissés en friche. La fréquentation des établissements est en berne et la stratégie de l’institution sur fond de Métropole devient illisible.

Il y a plusieurs raisons à cela : d’abord des équipements culturels fragilisés et une fréquentation en chute libre. Des reports ou annulations sans motif de manifestations sont brutalement décrétés par le Département. Des partenariats solides sont remis en question ou supprimés (l’école des hautes études en sciences sociales, le centre national de création musicale, le festival des « Suds » à Arles, la prison centrale d’Arles, le festival Actoral…) Ces revirements affectent la politique de développement des publics patiemment construite depuis des années et déstabilisent aujourd’hui l’ensemble des structures culturelles. Ensuite, le service pédagogique de la bibliothèque départementale a dû cesser son activité ; ce qui fait suite à d’autres fermetures.

Une Direction de la communication de plus en plus éloignée des besoins des structures culturelles

À cela, il faut ajouter la réduction de la visibilité des structures culturelles de département. Les usagers tout comme les visiteurs pâtissent d’un manque d’information sur la programmation. Il n’y a pas de stratégie digitale, ni de communication dématérialisée pour compenser la raréfaction et la faible diffusion des documents papier. Résultat, Le public n’est quasiment plus informé de ce qui est proposé.

Quant à la communication elle est réduite comme « peau de chagrin ». Cela est dû à des blocages et retards répétés dans le processus de validation. La diffusion des documents est réduite voire arrêtée. La Direction de la communication est de plus en plus éloignée des besoins des structures culturelles. L’édition papier du programme des Archives et la Bibliothèque Départementale (ABD) a été abandonnée. Le Musée Départemental de l’Arles Antique (MDAA) est resté longtemps sans document d’aide à la visite. Au-delà de la programmation, les professionnels des établissements ne peuvent presque plus communiquer avec les medias sur leur travail quotidien. La communication est centralisée.

Des ingérences nombreuses sur les expositions et la programmation des structures culturelles

Les budgets stratégiques déjà en baisse sont parfois mobilisés au profit exclusif de structures ne relevant pas du Département. Le MDAA doit ainsi réaliser une exposition sur la gastronomie qui sera présentée…au musée d’histoire de la Ville de Marseille.

En 2016, au Museon Arlaten, la restitution d’une enquête ethnographique de grande ampleur a dû se tenir à huit clos, sans communication. D’autres injonctions du même type, officieuses et non écrites, ont suivi sur l’ensemble des programmations des établissements.

Les sciences humaines et sociales semblent être dans le collimateur. On assiste à la mise à l’écart répétée de certaines thématiques ou de certains intervenants. Cela désorganise et déstabilise le travail des personnels de la culture. Pourquoi ce renoncement à interroger le monde contemporain dans le contenu de archives et de la Bibliothèque départementale ?

La mise « sous pression » des agents est érigée en mode de gestion du personnel

Comment accepter l’afflux de personnels précaires  (leur compétence n’est pas en cause) alors que des postes stratégiques sont restés des mois, voire des années, non pourvus, notamment celui de Directeur du Museon Arlaten. Concernant la mise en œuvre du RIFSEEP, pourquoi il y a tant de disparités entre agents occupant des postes similaires ?

Les « indicateurs de fonctionnement et de santé » remis l’an passé au Comité d’Hygiène et de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) recensaient pour la Direction Culture du Département, 5 agents « en situation dégradée » signalés à la médecine du travail. Ainsi, les conditions de travail se détériorent. La mise « sous pression » des agents est érigée en mode de gestion du personnel. Au détriment du développement de la formation dans les domaines exigeant une grande technicité afin de préserver les cœurs de métiers spécifiques. Le plan stratégique de formation (PADC) fixé pour la Culture privilégie exclusivement le mécénat, la sécurisation juridique et la gestion des réseaux sociaux.

Qu’elle est aujourd’hui la politique muséale du Département et qu’est-ce qui est fait pour permettre l’accès à la Culture ?

Une politique culturelle construite s’appuie sur des relais qui s’inscrivent durablement sur le territoire. Autrement dit, la Culture ne peut se réduire aux grands événements, type « Capitales provençales de la Culture » ou « Année de la gastronomie ».

Ces « événements » à eux seuls ne doivent pas fragiliser l’ensemble. Le « tourisme culturel » ne doit pas occulter les missions premières de la Culture et du patrimoine : Restauration, conservation, recherche, diffusion et éducation.

Cela suppose bien sûr d’en faciliter l’accès au plus grand nombre.  Le Département ne rayonnera pas sans fondements solides. Pour cela, ses missions culturelles dont l’histoire vient de loin, doivent être préservées et faire l’objet d’engagements clairs. Aussi, l’équité doit être assurée entre toutes les communes en matière accès à la culture au quotidien, notamment en matière de lecture publique.

L’expertise confirmée et les qualifications des personnels de la Culture doivent être respectées et continuer à s’exercer dans le respect de leurs missions et de leur engagement au service de tous les publics. Faut-il rappeler la loi « Musée de France » du 4 janvier 2002 intégrée au code du patrimoine de 2004 ? Cette loi dit que «  Les musées de France ont pour missions permanentes de conserver, restaurer, étudier et enrichir leurs collections, de rendre leurs collections accessibles au public le plus large, de concevoir st mettre en œuvre des actions d’éducation et de diffusion visant à assurer l’égal accès de tous à la culture et contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu’à leur diffusion ». Elle précise : « Chaque musée de France dispose d’un service ayant en charge les actions d’accueil des publics, de diffusion, d’animation et de médiation culturelles. Ces actions sont assurées par des personnels qualifiés (…) Les activités scientifiques des musées de France sont assurées sous la responsabilité de professionnels présentant des qualifications définies par décret en Conseil d’Etat ».

Source et contact : CollectifCulture.cgt13@outlook.fr

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