Si La Bourse du Travail n’existait pas, il faudrait l’inventer

Née en 1926, la bourse du travail d’Aubagne propose une aide aux salariés des entreprises privées d’organisation syndicale (droit du travail, aide juridique, prud’hommes…) mais aussi des journées d’études, des journées culturelles et festives. Malgré la tentative récente de la municipalité LR de museler l’expression syndicale en la faisant disparaître, elle continue à exercer son rôle essentiel dans un climat social tendu.

À la fin du 19ème siècle, les municipalités mirent à disposition du mouvement ouvrier un simple local appelé « bourse du travail ». La première d’entre elles est fondée à Paris et ouvre ses portes le 3 février 1887. La bourse du travail de Saint Etienne, est née à l’initiative de Girodet, le maire radical. Inaugurée en 1888, elle débuta son fonctionnement en 1889 autour d’un service de statistique ouvrière et de cours professionnels.

Le mouvement syndical organisé dans la CGT s’est alors emparé de ces locaux pour en faire des véritables forteresses ouvrières et organiser les travailleurs. Majoritaire dans les bourses, le courant syndicaliste-révolutionnaire considérait que la structuration syndicale des bourses favorisait la conscience de classe des travailleurs des différentes professions réunies et permettait de développer une autonomie politique et culturelle de la classe ouvrière. Les bourses devaient être l’embryon de la réorganisation de la société par les syndicats. Par des conférences et des cours du soir, les bourses du travail furent un des premiers supports de l’éducation populaire.

Des mairies fermèrent temporairement certaines bourses pour casser la dynamique syndicaliste. Plus de 90 ans après la création de la Bourse du Travail d’Aubagne, le maire Gérard Gazay s’y est essayé à son tour au début de son mandat en décidant de mettre un terme au bail qui liait la Bourse du Travail au Cercle de l’Harmonie. Sans succès. En 2017, la municipalité LR a été condamnée par le tribunal administratif de Marseille à verser les arriérés de loyers au Cercle de l’Harmonie (lire l’article de La Marseillaise).

Perchée, la municipalité d’Aubagne et son maire Gérard Gazay ont acquis la certitude d’appartenir à une « élite »

Le maire LR d’Aubagne Gérard Gazay

Cette tentative de museler l’action et la parole ouvrières révèle la nature du pouvoir local : un pouvoir petit-bourgeois recroquevillé sur une vision passéiste et dogmatique de la société, hostile à l’expression et à l’organisation des travailleurs comme des demandeurs d’emploi. Le refus de dialoguer y compris même avec les représentants élus du personnel municipal (lire notre sujet) est une autre illustration de cette posture pathologique qui consiste à considérer les citoyens comme des interlocuteurs de seconde zone. Perchée, la municipalité d’Aubagne et son maire Gérard Gazay ont acquis la certitude d’appartenir à une « élite ». Ce sentiment est prégnant dans chacune de leurs décisions; il n’est pourtant qu’une illusion dont seule la psychologie peut expliquer les ressorts.

Au syndicalisme de transformation sociale de la CGT dont les militants sont victimes de discrimination systématique, ces gens-là préfèrent le syndicalisme bêlant de la CFTC (lire notre sujet). C’est pourtant à la lutte syndicale et au sacrifice des militants que l’on doit les avancées sociales majeures dont nous bénéficions tous aujourd’hui. En tentant de faire disparaître la bourse du travail, c’est tout un pan de l’Histoire d’Aubagne que Gérard Gazay a voulu gommé d’un trait capricieux. Mais pas seulement. Cette disparition aurait privé les Aubagnais de ressources pour se frayer un chemin dans la jungle libérale.

Depuis 1926, la bourse du travail d’Aubagne propose une aide aux salariés des entreprises privées d’organisation syndicale (droit du travail, aide juridique, prud’hommes…) mais aussi des journées d’études sur des thèmes d’actualité, des journées culturelles et festives. Elle regroupe plusieurs syndicats et des associations qui font vivre le lieu, bénévolement, et participe à la cohésion sociale de par son rôle de prévention, de soutien et d’aide sur le territoire. Sa volonté est d’être un espace où les salariés des divers secteurs d’activités peuvent se rencontrer et élaborer leurs analyses et revendications par-delà les spécificités de leurs métiers ou de leurs professions.

Située sur le cours Beaumond, la bourse du travail est un lieu unique et fait partie du patrimoine de la Ville d’Aubagne. Elle a permis à un grand nombre de salariés de défendre leur emploi mais aussi leur entreprise en empêchant qu’elle ne délocalise son activité. C’est pourquoi il est essentiel de la protéger contre toutes les tentatives de déstabilisation émanant de monarques éloignés des réalités du quotidien.

Lire aussi :

La Ville d’Aubagne remet en lutte la Bourse du travail

Alors que des discussions étaient en cours pour un relogement, la municipalité d’Aubagne y a mis fin brutalement. Attaquée en justice, la Bourse du travail se mobilise à nouveau pour son indispensable survie.

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