Cinéma : Lindon repart « En guerre »

Reprise des projections-débats au Cercle de L’Harmonie le 25 octobre avec la diffusion du film « En guerre » de Stéphane Brizé (2018) avec dans les rôles principaux Vincent Lindon, Mélanie Rover et Jacques Borderie. Mus par la rage et l’énergie du désespoir, des ouvriers entrent en lutte pour sauver leurs emplois… Un drame social haletant et criant de vérité, par le réalisateur de “La Loi du marché”.

Certains, à gauche, appellent ça un « licenciement boursier » : une entreprise pourtant florissante se sépare d’une partie de ses effectifs pour augmenter les profits des actionnaires. Chez Perrin Industrie, une usine d’Agen, ce n’est pas une simple définition politiquement orientée, c’est une menace immédiate : la maison mère, une multinationale basée en Allemagne, s’apprête à fermer le site et à délocaliser, laissant 1 100 salariés sur le carreau. Ces derniers, qui avaient déjà consenti de gros sacrifices financiers contre la promesse de garder leur emploi, refusent de se laisser faire, encouragés par leurs délégués syndicaux. Négociations, coups de pression, grève, occupation des locaux… La guerre est déclarée, totale, éreintante, inégale.

Ne cherchez pas l’histoire de cette usine dans l’actualité. Perrin Industrie n’existe pas, elle est née de l’imagination de Stéphane Brizé et de son coscénariste, Olivier Gorce. De la pure fiction, vraiment ? Si En guerre porte parfaitement son titre, c’est parce que le film se tient sur une ligne réaliste, au cœur d’un conflit endémique. Perrin Industrie n’existe pas, mais il suffirait de remplacer ce nom par Goodyear, Continental, Whirlpool, Sanofi et tant d’autres pour se retrouver dans la forme dure et précise du documentaire.

Par bien des aspects, ce long métrage puise ses qualités dans cet autre cinéma, qui scrute le monde : il en emprunte l’énergie convulsive, l’effet d’immersion totale et bourdonnante au sein du groupe en lutte. On est dans le vif de la tension et des affrontements, on respire au rythme du désespoir qui monte, des divisions qui s’installent, de la colère qui pulse toujours plus.

Ni “documenteur” ni brûlot romanesque

Dans « les couchettes du bas », veille farouchement Laurent Amédéo, représentant syndical, rivé à la lutte. Nerveux, ramassé, à la fois pugnace et poignant, tout en détermination vibrante et en charisme rugueux, Vincent Lindon s’empare du personnage avec une vérité qui rappelle sa précédente collaboration avec Stéphane Brizé, La Loi du marché, le drame social qui lui avait valu le Prix d’interprétation à Cannes, en 2015, pour son mémorable personnage de chômeur longue durée. Le comédien est ici confronté au même dispositif : mesurer l’extraordinaire authenticité de son jeu à celle de partenaires non professionnels, tous excellents, dans des rôles proches de ce qu’ils sont à la ville.

Ni « documenteur » ni brûlot romanesque, le film trouve son équilibre et sa puissance dans un entre-deux passionnant, dans une capacité à distinguer et à resserrer les enjeux dramatiques, à en souligner les enchaînements et la complexité, à en incarner toute la dimension humaine. Un vrai contrepoint aux images de reportages télé dont le récit est truffé, rappel constant de la manière dont cette guerre permanente, livrée à nos portes, presque sous nos yeux, est rapportée chaque jour, par bribes, tronquées, hâtives, commodément digestes. La destinée de l’irréductible Laurent Amédéo et l’histoire incandescente et douloureuse de cette lutte collective sont plus difficiles à avaler parce qu’elles n’offrent pas d’issues faciles, de réponses rassurantes. Elles se contentent de souligner l’urgence de faire face. Une insuffisante mais nécessaire condition de survie, résumée en exergue par une citation de Bertolt Brecht : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

Le Cercle de l’Harmonie et ses partenaires, l’Union locale CGT et la Web Radio La Fourmili’Aire, ont invité pour cette soirée ciné-débat des syndicalistes de SCOPTI, des personnels de la fonction hospitalière et des économistes. Le public est donc invité à rester après le film pour échanger autour d’un apéritif convivial sur l’œuvre de Stéphane Brizé et sa visions des luttes.

Vendredi 25 octobre à 19h. Entrée 5 € (Film + débat + apéro).+1€ non adhérents. Cercle de L’Harmonie, 12 Cours-Beaumond 13400 Aubagne. Réservation sur place ou sur helloasso.com

Source : Télérama

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