Contre les pesticides les maires se rebiffent

Alors que la fronde gagne du terrain partout en France, tous les arrêtés municipaux interdisant l’usage des produits phytosanitaires sur leur territoire ont été suspendus par les tribunaux administratifs. Une directive européenne datant de 2009 impose pourtant à la France de prendre des mesures pour protéger les habitants de l’épandage de pesticides. Hélas, rien n’est fait.

Alors que le gouvernement freine des quatre fers pour mettre en place une transition agricole et alimentaire, plus de 50 maires ont pris des arrêtés interdisant l’usage des pesticides à moins de 150 mètres des habitations. « Pour faire bouger les lignes », explique Daniel Cueff, le maire de Langouët, ce village d’Ille-et-Vilaine de 602 habitants qui a été le premier d’une liste qui ne cesse de s’allonger. L’enjeu de cette fronde anti-pesticides est de taille. Dans une pétition en ligne qui a déjà recueillie presque un million de signatures, le collectif « Nous voulons des coquelicots » lance un appel pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse et met en garde contre les dangers que représente leur utilisation pour la nature et la santé. Les pesticides, écrit le collectif, sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Devrions-nous laisser faire et mettre en danger les populations ? interrogent les maires qui se sont levés pour interdire leur utilisation sur le territoire de leur commune. Pour Daniel Cueff, il s’agit d’un problème fondamental : « De quel droit interdit-on à un maire de protéger la population ? »

Près de chez nous à Gignac-la-Nerthe, le maire Christian Amiraty a lui aussi pris un arrêté qui comporte en plus de l’interdiction des produits phytosanitaires, un plan d’accompagnement des agriculteurs dans leur conversion au bio. Pour l’édile, il ne s’agit pas de céder à l’effet de mode mais de prolonger « une politique volontariste mise en place depuis bientôt douze ans par la municipalité » qui trouve notamment sa traduction dans la volonté la commune de préserver les terres agricoles, le refus de l’urbanisation galopante et la création de potagers partagés. La petite commune des Bouches-du-Rhône s’est fixé l’objectif de convertir 100% des terres agricoles en production biologique dans un délai de six ans sans mettre en difficulté les agriculteurs

Ne pas opposer la société aux agriculteurs

Christian Amiraty tout en continuant à fixer le cap vers le tout bio que ce soit dans les usages municipaux (restauration municipale 100 % bio en 5 ans, y compris pour les portages de repas et pour les seniors, entretien des espaces publics sans produits phyto, nettoyage des bâtiments publics et autres espaces publics avec des produits bio…), comme dans les usages agricoles, ne souhaite surtout pas stigmatiser une population à une autre. « À Gignac, nous nous sommes lancés dans le défi de la transition agro-écologique, ce qui veut dire que nous accompagnerons nos agriculteurs dans cette transition au développement durable. La commune est là pour aider l’ensemble des agriculteurs. Nous ne mettrons jamais une exploitation dans la difficulté ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas opposer la société aux agriculteurs. C’est facile de les montrer du doigt comme des empoisonneurs. Ils ont surtout besoin qu’on les aide et qu’on les accompagne pour qu’ils réussissent cette conversion vers le bio. C’est le sens de l’histoire ».

Audacieuse, la commune souhaite également intensifier l’action de la ville pour lutter contre le réchauffement climatique par la plantation de 1 000 arbres en cinq ans, créer un arboretum d’arbres fruitiers de variétés anciennes, et réduire des émissions à effet de serre dans toutes les activités communales. La motion présentée et l’arrêté ont été votés à l’unanimité moins trois abstentions, celles des conseillers municipaux du Rassemblement National.

Il est du devoir des maires de protéger leurs concitoyens

Plus d’une cinquantaine de communes se sont engagées dans des combats similaires pour interdire l’usage du glyphosate sur leur territoire et proscrire tout usage, privé ou public, des pesticides. C’est le cas de Revest-des-Brousses, dans les Alpes-de-Haute-Provence où le conseil municipal a voté à la majorité un texte interdisant l’usage de produits phytosanitaires à une distance inférieure à 500 mètres de toute parcelle comprenant une habitation ou un bâtiment professionnel, mais aussi un puits de captage, une source ou un cours d’eau. Tous les édiles qui ont emboîté le pas du maire de Langouët ont justifié leur initiative dans un souci de santé publique rappelant qu’il était de leur devoir de protéger leurs concitoyens.

Mais voilà la justice ne l’entend pas de cette oreille. Devant le tribunal administratif tous les maires qui se sont rebiffés ont échoué à faire reconnaître leur autorité en la matière. Une directive européenne datant de 2009 impose pourtant à la France de prendre des mesures pour protéger les habitants de l’épandage de pesticides. Hélas, rien n’est fait. Devant le tribunal, le maire de Langouët a eu beau invoquer des arguments juridiques, dont une question prioritaire de constitutionnalité sur la « compétence du maire à agir en cas de carence de l’État », et, s’appuyant sur des rapports de santé publique, montrer la dangerosité des pesticides sur la santé humaine, les représentants de l’État ont plaidé l’incompétence du maire à prendre des décisions dans un domaine qui incombe aux ministres de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement.

L’appel des coquelicots à Aubagne

Reste que cette fronde des maires contre l’usage des produits pesticides de synthèse a provoqué partout dans le pays une prise de conscience des citoyens qui réclament des actes et que si force doit rester à la loi, cette dernière doit évoluer avec son temps et avec le cours de l’histoire. Or l’histoire s’écrit dès à présent. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou. Non seulement les maires ne sont pas soutenus dans leur démarche par les pouvoirs publics mais, pire, L’État préfère attaquer ses représentants plutôt que de les soutenir dans leur démarche de protection de leurs concitoyens.

Ici, le collectif Transition Citoyenne – Pays d’Aubagne a décidé de relayer ce mouvement contre l’usage des pesticides de synthèse en appelant les Aubagnais à signer le manifeste des Coquelicots. Il donne rendez-vous sur le cours Voltaire pendant le marché le samedi 2 novembre. Par ailleurs une autre pétition a été ouverte en ligne pour réclamer l’engagement du maire d’Aubagne, Gérard Gazay, aux côtés des édiles qui ont eu le courage d’interdire les pesticides de synthèse sur leur commune (lien). Cette pétition a recueilli, pour l’instant, un peu plus de 250 signatures.

Sources : La Provence / L’Humanité

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