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La République des Scélérats

La loi « Avia » qui prétend lutter contre la haine sur internet remet en cause la liberté fondamentale d’expression protégée à la fois par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et par notre Constitution.

La pandémie, si elle a été suivie d’un cortège mortel, a révélé, dissimulés sous le voile opaque de la république des scélérats qui nous gouvernent, les symptômes d’une maladie autrement plus toxique que le Covid-19 : celle d’un système d’exploitation des ressources naturelles et humaines avide et dangereux, un système dont personne n’est encore parvenu à contourner toutes les protections.

La crise sanitaire et sociale liée au Covid-19 laissera une empreinte profonde, parfois douloureuse, dans les esprits de chacun d’entre nous, que nous ayons été les héros d’une âpre bataille contre la pandémie, que nous ayons perdu quelqu’un de cher ou que nous ayons applaudi chaque soir de nos balcons et fenêtres ces fantassins parfois désemparés, souvent désarmés mais toujours vaillants. Dans le huis-clos des confinements, nous avons pu avoir parfois le sentiment que le temps avait ralenti, qu’il n’était plus question ni de vitesse ni de compétition. Dehors le silence du monde libéré de l’activité humaine invitait au repos et à l’introspection.

Il s’est produit à ce moment-là quelque chose d’inattendu mais dont nous aurions dû deviner l’apparition si nous n’avions pas constamment le nez dans le guidon à brûler nos vies par les deux bouts sans avoir conscience de la menace que fait peser l’existence même de notre espèce sur la biodiversité. Il a suffi de quelques jours de confinement pour que la nature se sente pousser des ailes, que les herbes et les fleurs champêtres envahissent nos parcs et jardins au grand bonheur des butineuses et que, dans un tableau presque surréaliste on aperçoive un sanglier sur La Croisette, des oies cendrées dans le parc du Marquenterre et des dauphins dans la baie de Cassis. Si l’arrêt brutal de l’activité économique dans de nombreux pays du monde a fait trembler les marchés boursiers, la nature semble, quant à elle, montrer de meilleurs signes de bien-être.

En contournant tous les pare-feux, le coronavirus a brutalement enraillé la machine de production et renvoyé chacun chez soi, chacun face à lui-même et aux autres. Nous nous sommes soudainement ouverts à celles et ceux que nous croisions tous les jours sans vraiment leur porter attention. Nous n’avions pas le temps, trop occupés à user notre vie à la gagner, à courir l’échalote sans mesurer le sens et le poids de nos existences et de nos responsabilités. Le monde n’est-il pas au fond qu’une immense bousculade dans laquelle nous sommes entraînés, bousculés et parfois piétinés ? Certains essaient d’y échapper tant bien que mal quand d’autres, au bout du rouleau, jettent leur dévolu sur du papier toilette…

La pandémie, si elle a été suivie d’un cortège mortel, a révélé, dissimulés sous le voile opaque de la république des scélérats qui nous gouvernent, les symptômes d’une maladie autrement plus toxique que le Covid-19 : celle d’un système d’exploitation des ressources naturelles et humaines avide et dangereux, un système dont personne n’est encore parvenu à contourner toutes les protections.

Le monde n’est-il pas au fond qu’une immense bousculade dans laquelle nous sommes entraînés, bousculés et parfois piétinés ? Certains essaient d’y échapper tant bien que mal quand d’autres, au bout du rouleau, jettent leur dévolu sur du papier toilette…

Il arrive parfois que les codes soient cassés, que les masques tombent et que nous apercevions la réalité dans toute sa nudité pâle et flétrie. Il arrive parfois que le peuple relève la tête et que la morgue affichée par les prêtres de l’orthodoxie libérale se transforme en une moue hargneuse. La réaction de l’État peut être alors d’une violence inouïe pour ramener à sa raison les récalcitrants et les déviants qui s’écartent de la règle commune. Aux revendications légitimes des soignants qui avaient réclamé de l’État qu’il stoppe l’hémorragie de l’hôpital public ont répondu des coups de matraques, des jets de gaz lacrymogène et des tirs de LBD, tous produits manufacturés que l’État n’a eu aucune difficulté à se procurer.

L’État mord et il mord avec des dents volées aux sans-grade, à ces hommes et ces femmes qui se lèvent tôt chaque matin pour faire tourner la France et qui ont l’audace de réclamer plus de justice sociale. L’État ment et il ment énormément. Sous couvert d’état d’urgence, son gouvernement vote des lois d’exception pour confiner les droits des salariés tout en offrant l’impunité totale aux patrons. Il menace et réprimande celles et ceux qui ne se plient pas à ses règles. Aucune voix discordante n’est tolérée, ni sur les bancs de l’Assemblée nationale où le débat contradictoire est étouffé par les ricanements de la meute des Marcheurs ni dans la rue où les rassemblements sont durement réprimés.

Même les enfants sont placés sous haute surveillance. Dans ses recommandations pédagogiques aux enseignants dans le processus de reprise des cours, le Ministère de l’Éducation nationale a demandé aux professionnels de signaler « des propos manifestement inacceptables » tenus par des enfants en les enjoignant de rappeler « la référence à l’autorité de l’État » et de convoquer les familles le cas échéant. Autrement dit : « Si l’un de vos élèves critique la gestion gouvernementale, rappelez-lui à quel point nous avons été formidables » écrit cette enseignante. Il n’est pas précisé dans ce paragraphe qui a fait bondir les syndicats de professionnels ce qui pourrait arriver au cas où le message ne serait pas entendu…

Les coquins se drapent de leur légitimité électorale pour bâtir leur empire sur les ruines de la démocratie. Or la légitimité n’est pas seulement électorale, elle est aussi éthique et politique.

Tout est l’avenant. La loi « Avia » qui prétend lutter contre la haine sur Internet remet en cause la liberté fondamentale d’expression protégée à la fois par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et par notre Constitution. L’objectif est évidemment pour ce pouvoir minoritaire d’empêcher la moindre parole critique à son sujet.

Les coquins se drapent de leur légitimité électorale pour bâtir leur empire sur les ruines de la démocratie. Or la légitimité n’est pas seulement électorale, elle est aussi éthique et politique. Emmanuel Macron a cherché de manière répétitive à nous convaincre que les manifestations des Gilets jaunes comme du mouvement contre son projet de réforme des retraites étaient inadmissibles dans notre système démocratique. Il estime en effet que la démocratie consiste à choisir ses représentants, puis à les laisser agir librement et à les sanctionner éventuellement à la prochaine élection.

C’est oublier que la souveraineté du peuple au fondement de la démocratie est permanente et ne saurait s’exprimer qu’une fois tous les cinq ans lors des élections. Même si le président de la République avait été porté au pouvoir par une majorité écrasante des Français, ce qui n’est pas le cas (57 % des électeurs d’Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle ont déclaré avoir voulu avant tout éviter l’élection de Marine Le Pen), les citoyens auraient toute légitimité de changer d’avis et de refuser les décisions politiques du pouvoir. C’est au pouvoir à s’adapter aux Français et non l’inverse. Quand un élu agit contre la volonté de son peuple, quand il refuse de modifier ou d’abandonner son projet, c’est-à-dire d’écouter son peuple, quand ce pouvoir use d’une violence qui n’a pas de légitimité juridique et démocratique, il est clair que ce pouvoir ne respecte pas les citoyens et que les citoyens n’ont aucun devoir de respect à l’égard de ce pouvoir.

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